Meta a lancé le 3 novembre 2026 une émission obligataire de 20 à 25 milliards de dollars, en dollars et en euros en parallèle : cinq tranches en dollars, de 5 à 30 ans, et des titres en euros allant jusqu'à près de 38 ans. Il s'agit de la première obligation en euros de Meta. L'opération est arrangée par Citigroup et Morgan Stanley, qui ont sondé les investisseurs les 2 et 3 novembre ; Meta a refusé de commenter, et les détails ci-dessus proviennent de reportages de Bloomberg et CNBC.
La demande a d'abord rassuré le marché. Selon Bloomberg, la tranche en dollars a attiré des ordres pouvant atteindre 58 milliards de dollars, soit environ quatre fois le montant prévu, et le prix des titres les plus longs, échéance 2056, s'est resserré à une prime de rendement de 2,2 point au-dessus des bons du Trésor américain, contre environ 2,5 point lors des premières discussions ; l'action Meta a progressé de plus de 2 % mardi. Le montant final et les taux ne seront toutefois fixés qu'au moment de la fixation officielle des prix, et les fourchettes citées dans la presse ne doivent pas être lues comme un résultat acquis.
Cet argent n'est qu'un élément d'un plan de financement plus vaste. La semaine dernière, Meta a indiqué vouloir lever 95 milliards de dollars pour l'IA : 35 milliards par des offres publiques d'actions souscrites et 60 milliards par un programme d'émission au fil du marché. Au 30 septembre, Meta avait déjà 84 milliards de dollars d'obligations en circulation, toutes en dollars. L'entreprise prévoit des dépenses d'investissement de 135 à 145 milliards de dollars pour l'exercice, pour les centres de données, les puces et les modèles d'IA ; le flux de trésorerie disponible du troisième trimestre était d'environ moins 2,12 milliards de dollars. Quelques jours avant l'émission, S&P a maintenu la note AA- de Meta, mais a abaissé sa perspective de stable à négative, invoquant l'incertitude liée aux lourdes dépenses d'investissement et aux flux de trésorerie.
Les concurrents ont emprunté massivement la même semaine : Oracle a émis environ 20 milliards de dollars d'obligations le 2 novembre, Alphabet a réalisé une émission de 6 milliards d'euros, et Microsoft avait émis 25 milliards de dollars d'obligations la semaine précédente. Blackstone et Pimco ont publiquement appelé à recourir davantage aux fonds propres et mis en garde contre la concentration des prêteurs. Emprunter n'est pas difficile en soi ; le difficile est de convertir l'argent dépensé en revenus assez vite. Des ordres abondants montrent que les investisseurs sont encore prêts à financer l'infrastructure d'IA pour l'instant, et l'avertissement de S&P montre qu'ils intègrent aussi le délai avant les retours.