L'« IA craquée » se vend ouvertement sur les plateformes d'occasion : c'est ce que révèle une enquête de la Voix de la Chine, service de la radio nationale chinoise, diffusée le 21 octobre 2026. Les offres payantes de modèles populaires comme Doubao, DeepSeek et Kimi y sont découpées en produits de quelques yuans à quelques dizaines : certains vendent des « tutoriels de craquage », d'autres louent des comptes premium à la minute, d'autres encore revendent des lots de clés API. Le prix semble dérisoire ; le vrai coût est ailleurs, car chaque consigne saisie et chaque fichier envoyé peut d'abord transiter par le serveur du vendeur.
Trois formes de vente, testées par les journalistes
La première, ce sont les tutoriels. Un vendeur affirmait qu'un tutoriel à 1,2 yuan et une prétendue « commande interne » permettaient de réclamer indéfiniment les avantages d'essai membre de Doubao — « le membre gratuit illimité ». Les journalistes n'ont rien obtenu, et le vendeur a suggéré de changer d'appareil. Le contenu réel du tutoriel apprend à faire tourner les numéros de téléphone de la famille et des amis ainsi que plusieurs appareils, jusqu'à quatre réclamations par appareil : le « craquage » n'est qu'un arbitrage multi-comptes. La deuxième forme est la location de comptes. Un abonnement premium Kimi se loue au temps, de 4,7 yuans pour 10 minutes à 21,7 yuans pour une heure ; après paiement, l'acheteur n'arrive pas sur le site officiel de Kimi mais sur une page relais baptisée « espace de travail chronométré Kimi », avec compte à rebours, et les conversations restent conservées 24 heures après expiration pour pouvoir reprendre après recharge — ce qui signifie aussi que le loueur peut les lire. La troisième forme, ce sont les lots de clés API, de 1,99 à 99,99 yuans pour 220 à 14 000 appels. Les vendeurs parlent d'achats en gros, mais les experts en sécurité décrivent un approvisionnement mixte : une partie provient d'identifiants publiquement divulgués et collectés en masse sur des sites open source, une autre de systèmes piratés — et si le détenteur légitime révoque une clé, le solde de l'acheteur peut s'évanouir du jour au lendemain.
Les plateformes répondent d'une même voix : non officiel, non autorisé, répression annoncée
Doubao a répondu que ses abonnements ne sont délivrés que par les canaux officiels, qu'aucun « craquage » n'existe et que le « gratuit illimité » est impossible, en mettant en garde contre les offres à bas prix des canaux non officiels. L'équipe Kimi a déclaré que la location et la vente de ses comptes sur les plateformes d'occasion sont non officielles et non autorisées, contraires aux conditions d'utilisation, et feront l'objet d'une répression ferme, précisant que les conversations et informations de ces comptes sont entièrement visibles par le loueur, avec des risques de fuite de données et de fraude. L'expert en sécurité Li Tiejun a averti que les stations relais peuvent enregistrer l'intégralité des interactions et que les consignes, fichiers et codes transmis par les utilisateurs peuvent être conservés, voire revendus ; comme lorsque les liens de partage Meta Muse se sont retrouvés dans les résultats de recherche, la surface d'exposition des conversations IA ne vient pas que des produits officiels — les relais gris y ajoutent une couche de conservation délibérée.
Bon marché ne veut pas dire gratuit : distinguer la facture juridique de la facture sécurité
Wu Shenkuo, professeur de droit à l'Université normale de Pékin, a relevé qu'une partie des pratiques des vendeurs franchit déjà des lignes juridiques : obtenir des interfaces par ingénierie inverse ou par scraping peut porter atteinte aux mesures techniques et à la propriété intellectuelle des fournisseurs ; revendre des interfaces à grande échelle sans licence peut constituer une activité commerciale illégale ; et intercepter ou revendre les informations des utilisateurs peut enfreindre directement la loi sur la protection des informations personnelles. Pour les acheteurs, le risque est plus immédiat : un compte banni ou un solde annulé, c'est le moindre mal — confier documents de travail, code non publié et éléments personnels à un relais d'origine inconnue, voilà la perte irréversible. Les experts recommandent que les plateformes surveillent et retirent activement ces produits, que les fournisseurs renforcent la détection d'anomalies comme la multiplication de comptes sur un même appareil, et que les régulateurs suivent l'arbitrage à grande échelle et le marché noir des données. Pour l'utilisateur ordinaire, la conclusion tient en une phrase : pour économiser, attendez les promotions officielles, mais ne payez pas le vendeur avec vos propres données.