L'ordre de retrait de DeepSeek a été publié au Federal Register américain le 20 octobre 2026 (FR Doc. 2026-21447, dossier DHS-2026-0628). Le département de la Sécurité intérieure (DHS) avait mis l'avis à disposition du public le 19 octobre avant de le publier le lendemain, annonçant l'ordre d'exclusion et de retrait n° 2026-01, signé par le secrétaire à la Sécurité intérieure. Cet ordre avait en réalité été pris dès le 24 juillet 2026, sur le fondement du Federal Acquisition Supply Chain Security Act de 2018 (41 U.S.C. 1321-1328) et de ses règles d'application, après examen d'une recommandation du Federal Acquisition Security Council. Qu'il ne soit devenu public qu'en octobre est le premier point à garder à l'esprit en le lisant.
L'ordre fait deux choses, pas une
La première est une exclusion des marchés : les agences civiles fédérales ne peuvent plus acquérir de produits et services de technologies de l'information développés par Hangzhou DeepSeek Artificial Intelligence Co., Ltd (DeepSeek) ou ses entités affiliées, l'affiliation étant définie par les règles fédérales d'acquisition, en 48 CFR 2.101. La seconde est le retrait de l'existant : les produits DeepSeek et de ses affiliés déjà présents dans les systèmes d'information des agences civiles doivent en sortir, et les « produits et services tiers développés à l'aide d'implémentations de DeepSeek » entrent eux aussi dans le périmètre de retrait.
La différence entre les deux détermine la manière de vérifier. L'exclusion demande qui est le fournisseur ; le retrait demande quel modèle se trouve en dessous. Un outil tiers livré sous une autre marque ou une autre interface ne passe pas au seul motif que DeepSeek ne l'a pas vendu, si sa couche d'implémentation utilise DeepSeek.
Périmètre : les seules agences civiles fédérales
L'obligation pèse sur les agences exécutives civiles fédérales des États-Unis ; les systèmes d'information et les achats de départements civils comme le Trésor, le département d'État et la Justice sont concernés. L'ordre ne couvre pas les systèmes du département de la Défense, ni les systèmes de sécurité nationale, les systèmes d'information sensibles compartimentés ou les systèmes de renseignement, qui relèvent d'autres autorités. Les entreprises ordinaires et les utilisateurs individuels ne sont pas visés : il ne s'agit ni d'une interdiction générale visant le secteur privé, ni d'un contrôle des exportations. Le lire comme « les États-Unis ont purement et simplement interdit DeepSeek » revient à en méconnaître le périmètre.
Le DHS explique que les modèles de DeepSeek présentent de multiples vecteurs de menace : utilisés par des employés de l'administration ou des prestataires, ils peuvent entraîner le transfert de données sensibles vers la Chine, les invites saisies peuvent être combinées en renseignements exploitables sur des personnes et des agences américaines, et les modèles eux-mêmes peuvent contenir des codes malveillants ou d'autres vulnérabilités de sécurité. L'avis précise aussi que la décision fait suite à l'examen de la recommandation du Federal Acquisition Security Council et des éléments à l'appui ; il ne publie pas l'ensemble de ces éléments, de sorte que ce qui précède doit se lire comme l'évaluation du risque par le régulateur, et non comme des faits établis dans des cas individuels.
Ce que les fournisseurs doivent faire maintenant : expliciter la provenance des modèles
Pour les fournisseurs des agences civiles fédérales, le travail créé par cet ordre est concret. Premièrement, inventorier chaque fonction d'IA des produits livrés et confirmer le modèle et la version qui se trouvent sous chacune, y compris les implémentations sous licence, redéveloppées ou encapsulées. Deuxièmement, inscrire la provenance des modèles dans les documents de livraison et les annexes contractuelles, afin de pouvoir la produire à la demande au lieu de la reconstituer après coup. Troisièmement, si un produit entre dans le périmètre de retrait, préparer tôt un modèle de remplacement et un plan de migration ; jusqu'à l'achèvement du retrait, renforcer la surveillance du trafic réseau et la journalisation comme l'exigent les agences. Quatrièmement, mesurer l'étroitesse du canal d'exception : une agence sollicitant une exemption ou un délai supplémentaire devait en faire la demande par écrit dans les 60 jours suivant l'émission de l'ordre, avec une justification convaincante, auprès de l'équipe compétente de la Cybersecurity and Infrastructure Security Agency (CISA). L'ordre ayant été émis le 24 juillet, ce délai était déjà écoulé lorsque l'avis est devenu public en octobre ; les retardataires ne peuvent donc plus compter sur une exception pour gagner du temps.
Le risque se cache dans des dépendances invisibles
Beaucoup d'agences n'ont peut-être jamais acheté DeepSeek directement, mais ont acheté des outils de recherche, de relation client ou de traitement de documents qui intègrent les poids ouverts de DeepSeek. Contrôler des listes de marques ne permet pas de repérer ces dépendances ; seule une nomenclature au niveau du modèle peut répondre à la question de savoir s'il se trouve dans nos systèmes. Pour les fournisseurs, ne pas pouvoir indiquer quel modèle se trouve en dessous est en train de passer d'un défaut de transparence à un défaut de livraison. Pour les agences, le travail ne s'arrête pas non plus à un premier passage : l'ordre impose au secrétaire de le réexaminer dans un délai d'un an, puis chaque année, de sorte que retrait et vérification sont des obligations continues, et non un nettoyage unique.